Récit noir et macabre, ce film a une résonance particulière aujourd’hui où le retour d’idées politiques nauséabondes et le poison des haines raciales resurgissent dans toute l’Europe. CarJuraj Herz signifie bien comment un bourgeois tranquille, et en apparence, bon époux et père de famille, peut basculer vers le pire avec une espèce de candeur. La scène où cet homme aux allures d’un Hermann Göring jeune rend hommage à sa femme dans le crématorium est tout à fait remarquable et lourde de sens avec un « public » galvanisé par ses propos. Au détour d’un plan, on peut même voir réagir une figurante aux allures de Leni Riefenstahl, la cinéaste des grandes messes nazies… Sûrement pas un hasard.
Campant ce monsieur Kopfrkingl, Rudolf Hrusinsky signe une composition parfaite, alors même qu’il a fallu bien du temps à CarJuraj Herz pour le convaincre de tourner. Un acteur au caractère entier comme le rappelle le cinéaste : « Le seul problème, c’est qu’il n’aimait pas apprendre son texte (…) Il déchirait son dialogue en petites bribes et il posait le texte donné à l’emplacement où il devait le dire. Lorsqu’on tournait, il ne faisait qu’aller d’un bout de texte à l’autre. Hrušínský était un acteur tellement brillant qu’il était impossible de percevoir la chose. »
Pour compléter le visionnage de ce film majeur, le DVD permet de découvrir l’étonnant Brutalités récupérées, premier court métrage de Juraj Herz ou d’entendre Vlata Chramostova expliquer comment elle s’est glissée dans le double rôle de la femme du tueur et de sa prostituée favorite.
En tout cas, une édition qu’il ne faut absolument pas manquer d’un film rare et novateur qui s’inscrit aussi dans la grande lignée d’une forme d’Expressionnisme.
