On continue par l’absence de voix-off. Le tournage a commencé après la longue grève des agents pénitentiaires, et se clôt le jour de la fermeture de Forest à la suite du déménagement vers la nouvelle méga-prison de Haren, après de nombreuses tergiversations des autorités politiques. Pour Cédric Gerbehaye, la solution de facilité aurait consisté à accompagner ces séquences fortes d’une voix-off sérieuse, pontifiante. Il n’en est rien et, uniquement par la captation des sons – (y compris les déclarations des politiques via les postes de télévision) – et un montage subtil, le cinéaste nous fait vivre de façon proche ce quotidien de la zonzon sans aucune caricature. Il capte l’intime des parloirs par des mains qui se frôlent, le regard d’un père vers son enfant venu le visiter. Il capte aussi l’échange cash d’une cette gardienne à chevelure augmentée de dreadlocks face à un détenu qui estime qu’elle lui manque de respect… Il capte aussi l’humanité du directeur du centre qui passer saluer – sans aucune démagogie- certains détenus alors qu’il quitte le lieu pour un autre poste.
Sans jamais suivre un cas particulier, et dans la grande tradition d’un Frederick Wiseman, Cédric Gerbehaye pose un regard sensible sur ce quotidien d’une condition humaine que d’aucuns voudraient cacher derrière les murs d’une prison avec, en non-dit, l’idée que ces taulards l’ont bien mérité et sans se poser nullement la question de la réinsertion. On se souvient alors du propos de Willy, détenu septuagénaire, écrit à son fils pour lui dire : « Quelle contradiction ! Tenter de resocialiser des femmes et des hommes en les éloignant de la société. Une personne qui ne fait pas confiance au système ne retournera jamais “ meilleure ” dans le monde extérieur. »
