Utilisant les paysages de la banlieue anonyme de Metz comme décor, en jouant sur un contraste entre l’ombre (de la maison encore en deuil) et des extérieurs, Delphine Coulin et Muriel Coulin ont pu compter sur Vincent Lindon qui impose à l’écran sa silhouette d’homme massif, solide, qui aurait la force pour obliger son fils à lui obéir (si c’était possible) ou le chasser de chez lui, mais tente, par amour, de le faire changer d’avis, continue de partager avec lui des moments forts comme ce match de foot où l’on mesure ce qui unit le paternel et ses rejetons, qui vibrent à l’unisson.
Face à lui, Benjamin Voisin n’est pas en reste : l’acteur que l’on remarque de plus en plus parvient à exprimer la violence intérieure de cet enfant perdu, victime d’une « racaille » d’extrême droite, comme la surnomme son père – qui court à sa perte en suivant une bande de décervelés dans une France des laissés-pour-compte et qui trouve un motif d’espérer en vantant les « vrais Lorrains ».
Avec, en point culminant, la séquence du procès et la confession forte du père face au juge, ce drame familial a une résonance toute particulière dans une époque idéologiquement perdue. Pour ce rôle d’une rare force, même si le film joue moins sur les nuances que le roman initial, Vincent Lindon a décroché la Coupe Volpi de la meilleure interprétation masculine. Elle est largement méritée…
