Élevé au milieu du 7e Art, par un père qu’il dirigea dans plusieurs de ses films et qui fut une des grandes figures du cinéma et du théâtre français, Bertrand Blier commença comme assistant réalisateur dès l’âge de 20 ans avec John Berry pour le film Mambo. Et c’est avec des réalisateurs comme Georges Lautner, Delannoy ou Christian-Jaque qu’il va apprendre son métier.Ensuite, il a creusé son sillon personnel, suivi un autre chemin que celui de son paternel et de son ombre pesante, cultivant un goût certain pour l’humour noir, ses représentations crues de rapports sexuels ou un penchant pour un univers déjanté et surréaliste qui le rapprocha parfois d’un Buñuel.
Anticonformiste de talent, Bertrand Blier aimait dynamiser les grandes idées morales, tout en cultivant un vrai amour pour les comédiens, et, même s’il n’a pas eu le succès escompté, un film comme Les Acteurs, sorti en 1999, avec un casting du tonnerre, en témoigne. On se souvient de la séquence très touchante où le cinéaste rend hommage à son père, par un simple coup de fil vers l’au-delà…
Tout au long de sa carrière, Blier a été un sacré dénicheur de talent sur grand écran et, de Dewaere à Depardieu, qui fut longtemps son alter ego à l’écran, en passant par Miou Miou, et plus tard par Albert Dupontel, Jean Dujardin et Carole Bouquet, il a su exploiter des personnalités explosives. On se souvient de l’apparition d’une Carole Bouquet en ange de la mort fascinant dans Buffet froid ou encore de son duo-choc avec Josiane Balasko dans le film le plus « sentimental » du cinéaste, Trop Belle pour toi. Parlant du désir avec délicatesse, le film a reçu un prix du Jury à Cannes et cinq César.
En 2020, il « résumait » ainsi son travail d’une formule qui le caractérisait : «Metteur en scène n’est pas un métier évident: il faut être amoureux des actrices, jouer au papa des acteurs, rire avec eux… Et savoir faire un peu de cinéma quand même» Et puis, il fallait oser proposer à Alain Delon de jouer le rôle d’un garagiste alcoolique et déprimé dans Notre histoire, en 1984, une comédie noire qui lui valut le César du meilleur acteur.
Il a choqué, il a provoqué, et cela fait du bien à une époque de consensus mou. Une chose est sûre: Bertrand Blier restera un des grands noms du cinéma de la fin du XXe siècle. Il faut aussi un romancier d’un certain talent. Jean Dujardin lui a ainsi rendu hommage sur Instagram : « Tu étais un patron. Un ami. Un inventeur dans le cinéma. Ta poésie, ton audace, ton verbe, ton rire, tes silences… Tu aimais tellement les acteurs« ,
