« Paris Match » ou les combattants de l’image

Bien sûr, qui dit photojournalisme dit reporters de guerre et les témoignages des baroudeurs du magazine sont très intéressants. Blessé deux fois sur le terrain, Alvaro Canovas raconte bien comment il fait une coupure entre le terrain et sa vie personnelle, sa vie de famille pour maintenir son équilibre psychologique. On voit aussi comment ce métier, au départ très masculin, s’est ouvert lentement aux femmes qui apportent un regard différent et qui, par leur personnalité, ont pu obtenir des témoignages forts en Afghanistan notamment.

Des paparazzis, il est bien sûr question ici avec le témoignage d’un des princes du genre, Pascal Rostain, qui revient sur l’affaire Diana et la manière dont l’enquête policière a permis de rétablir la vérité et de disculper les reporters qui avaient pris en chasse la voiture de la princesse avant qu’elle ne se tue dans un terrible accident de voiture, et qui avaient été cloués au pilori médiatique.

Évoquant fort justement l’invasion des réseaux sociaux, les évolutions techniques et l’Intelligence artificielle qui font planer bien des nuages sur le journalisme, le doc montre bien comment le numérique a révolutionné la donne dans les années 2000, particulièrement à compter des attentats du 11 septembre 2001, quand le service photo de Paris Match n’avait qu’un petit écran pour visionner les centaines d’images numériques arrivées depuis New-York !

Hagiographiques, le documentaire ne s’appesantit pas sur les récentes années Bolloré, quand le « poids des mots et le choc des photos » a été mis au service d’un combat idéologique et d’une certaine vision de la foi catholique. On se souvient par exemple de la Une du 7 juillet 2022, et la story consacrée au cardinal Robert Sarah, ce prélat guinéen aux propos assez réactionnaires et qui, en 2015, avait, par exemple, comparé « les idéologies occidentales de l’homosexualité et de l’avortement au fanatisme islamique » du groupe terroriste Daech. Une Une qui suscita une levée de bouclier dans la rédaction et poussa quelques unes de ses figures vers la sortie. Indirectement, le fameux magazine de reportage a largement évoqué des sujets religieux comme cette plongée dans le « prieuré des cœurs purs« , des sœurs atteintes de trisomie 21, en septembre 2024.

Ayant été vendu au groupe LVMH, de Bernard Arnault, en octobre dernier, Paris Match restera-t-il le journal fier de ses grands reportages ? Il est trop tôt pour le dire, mais le documentaire aurait dû, pour être exhaustif, au moins évoquer cette crise interne des derniers mois qui ont bouleversé le visage du magazine de référence. Et écorné l’image de sa manière de faire du journalisme. Mais, en le traitant, l’accès aux archives auraient été sans doute plus compliqué…

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