Au cœur de la jungle colombienne

À cette époque, il était d’usage dans la presse, s’inspirant des idées répandues par les États-Unis, de présenter cette guérilla comme l’œuvre de « narcoterroristes », une manière habile pour ne pas évoquer les vrais motifs de cette lutte enracinée dans le pays. Or, peu de temps après la disparition de son beau-père, ont pourtant commencé des négociations de paix entre les FARC et le pouvoir colombien qui allaient conduite les rebelles à poursuivre la lutte par des voies légales. En 2022, porté par un grand mouvement social, l’ex-guérillero du M19, Gustavo Petro, a été élu à la Présidence de la République.

En compulsant les archives, en interrogeant bien des membres des FARC, en suivant les pourparlers de paix qui eurent lieu à La Havane, Pierre Carles fait œuvre double dans ce travail qui lui a pris dix ans. D’abord décrire cette histoire des FARC, les raisons de cet engagement armé, la répression par des forces paramilitaires stipendiés par les grands propriétaires terriens, évoquer aussi pour les nuancer les accusations de narco-terrorristes. Ensuite, s’inscrire dans la lignée d’un cinéma de témoignage, d’un cinéma engagé en faisant parler, par exemple, Bruno Muel et Jean-Pierre Sergent, deux réalisateurs français qui sont allés filmer les FARC au tout début en 1965 et qui conservent des souvenirs très vivants de ces tournages.

Certains reprocheront à Pierre Carles, surtout dans le contexte actuel de glissement progressif vers la droite la plus obscure, de signer un film partisan. Pour reprendre la formule de Bruno Muel cité dans son livre Rushes, on peut leur rétorquer : « Partisan ne veut pas dire menteur. Partisan veut dire qu’on a choisi son camp . » Car ce documentaire ne manque ni de convictions, ni de force. Un film essentiel pour mesure comment peuvent naître les révoltes en Amérique du sud et en Amérique centrale.

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