Il est vrai, la vie de Limonov n’est faite que d’excès, de transgressions, de drogues, de provocations et sa relation avec Elena symbolise à merveille les désordres profonds du personnage… La tension perceptible tout au long du film a sans doute été renforcée encore par le contexte du tournage. Quand la guerre en Ukraine a commencé, l’équipe devait tourner les séquences de New York à… Moscou et en plein air pour les extérieurs, les scènes d’intérieur étaient prévues en studio à Mosfilm. Comme les ambassades ont demandé aux étrangers de regagner leurs pays, Ben Whishaw, l’acteur principal, Kiril Serebrennikov et les producteurs ont décidé de reconstruire les décors de New York en Europe et, in fine, la fabrication du film s’est étalée sur cinq ans.
Si les scènes de sexe sont un peu trop appuyées, eu égard à la structure du récit et même si la perte de son amour l’a poussé à haïr le monde entier, le film conserve de bout en bout une rare puissance et l’on mesure à quel point Limonov avait pressenti l’évolution du monde actuel, pose les jalons de qui allait nourrir le fascisme russe (on se souvient que l’homme, avant de disparaître en 2020, avait apporté son soutien à la politique étrangère d’un Poutine). La séquence de l’interview à la radio française, tout comme la rencontre publique au retour de Limonov en URSS, sont à cet égard très révélatrice de la mentalité de ce provocateur permanent, doté d’un vrai sans de la répartie.
Portée par des visuels très forts et une mise en scène nerveuse, ce nouveau film de Kiril Serebrennikov est une œuvre dérangeante car le cinéaste se garde bien de porter un jugement sur ce trublion provocateur et qui concevait l’existence avec un certain lyrisme.
