Bien d’autres auraient sacrifié au succès (6,1 millions de spectateurs) et continué dans cette voix. Michel Blanc en profite, lui, pour changer de cap et se lancer dans des films plus dramatiques, tout en prenant quelques distances avec le Splendid, sans pour autant couper les ponts avec ses amis.
En 1986, c’est le choc Tenue de soirée, signé Bertrand Blier où, face à Depardieu, il campe un gars qui découvre son homosexualité dans un récit décapent et provocateur. Le Festival de Cannes salue sa prestation inattendue d’un Prix d’interprétation mérité. Il confirme sa palette en jouant ensuite un tailleur misanthrope et taiseux dans Monsieur Hire, de Patrice Leconte, adapté d’un roman de Simenon.
Liberté sera alors son maître mot durant deux décennies où l’acteur-réalisateur ose bien des aventures. Pas terribles parfois comme Retenez-moi… ou je fais un malheur, même s’il donne la réplique à Jerry Lewis en 1983. Détonantes comme cette Nuit à l’Assemblée nationale, de Jean-Pierre Mocky, en 1988, où il campe un nudiste. Au détour d’une pause, il se paie le luxe de jouer l’autodérision en chanson avec les couplets de Le Mec plus ultra.
Il figure ainsi au générique de films très différents : Prêt-à-porter de Robert Altman; Le Monstre, de Roberto Benigni; Prospero’s Books, de Peter Greenaway, entres autres – même s’il ne répugne pas à apparaître dans des comédies comme Les Secrets professionnels du docteur Apfelglück en 1991.
C’est en tant que réalisateur qu’il va pousser le bouchon un peu plus loin en signant Grosse fatigue, une comédie noire et absurde où il joue son propre rôle au côté de Carole Bouquet : l’histoire d’une vedette de cinéma remplacée par un sosie redoutable et odieux. Un Film qui lui vaut le Prix du meilleur scénario au Festival de Cannes. « J’ai compris qu’on pouvait être plus fou que le cinéma de comédie ne l’est traditionnellement. Je me suis dit que le cinéma ne servait à rien si on ne se permettait pas tout« , confiait-il alors sur l’antenne de BFM. Au théâtre, il recevra encore en 2004, le Molière de l’adaptateur pour L’amour est un enfant de salaud.
Les audaces de Michel Blanc ont payé. Avec L’Exercice de l’état, un thriller politique de Pierre Schoeller, sorti en 2011, il reçoit le le César du meilleur acteur dans un second rôle. Désormais, il peut se payer le luxe de jouer dans des comédies policières à l’anglaise comme Un petit boulot, de Pascal Chaumeil, en 2016, que des comédies familiales comme Raid Dingue, de Dany Boon, en 2016 et des films plus personnels, tel Voyez comme on danse, son ultime réalisation qui ne trouva pas vraiment son public.
Michel Blanc vient donc de passer à l’ombre. Son copain de toujours, Michel Jugnot, a sobrement mis sur la story de son compte Instagram, une légende : « Putain Michel… Qu’est-ce que tu nous a fait…« . En 2021, la troupe du Splendid avait reçu le César anniversaire, dernière occasion de voir ces fous de scène une dernière fois réunis tous ensemble devant une caméra.
Les télévisions vont multiplier les hommages, mais vous pouvez déjà noter dans vos tablettes, le vendredi 11, à 15h20 sur Canal+ où sera diffusé Marie-Line et son juge, de Jean-Pierre Améris.

