Et pourtant, assez rapidement , des cinéastes de renom vont aborder le genre, que ce soit Luis Buñuel, René Clair ou encore Jean Vigo. On se souvient par exemple du scandale provoqué par L’Âge d’or. L’auteur rappelle fort à propos sur ce film : « Par ces citations, Buñuel rejoint Breton qui, à la question de Queneau : « Condamnez-vous ce qu’on appelle les perversions sexuelles ? » avait répondu : « À aucun degré. Il s’agit, sous l’égide de Sade, d’exprimer une sexualité sans limites. »
Pour autant, on reste dans un cinéma de provocation, de sexualité polémique. Il faut attendre le tournant de 1968 qui voit l’expansion du sexe à l’écran pour que ce cinéma connaisse, avec des réalisateurs comme Bénazéraf ou Jean-François Davy et des actrices comme Brigitte Lahaie et Ovidie un « âge d’or ». Évoquant aussi des producteurs comme Marc Dorcel et Francis Misckhind, Jacques Zimmer décrit bien les succès et aussi les échecs d’un genre qui a eu souvent des conséquences fortes sur la carrière, voire la vie personnelle des ces acteurs de ce qui va devenir le cinéma X avec la loi de décembre 1975 qui « prévoit l’apparition du visa X décerné aux films pornographiques ou d’incitation à la violence. »
En parallèle, l’auteur évoque bien aussi comment des films d’auteurs, tels que Les Valseuses, Calmos ou La Grande Bouffe ont créé le scandale et suscité bien des polémiques. Sans oublier des opus comme Emmanuelle ou Histoire d’O dont le succès public fit couler tant d’encre et provoqué bien des scandales.
Évoquant le tournant des années 80, et la manière dont l’univers du X fut économiquement « tué » par la loi, l’auteur montre enfin les évolutions actuelles d’un genre qui réussit à survivre dans la clandestinité, même si c’est celle, toute relative vu l’audience potentielle, d’Internet. Il montre aussi, à travers le témoignage d’une actrice et réalisatrice telle qu’Ovidie, la manière dont les femmes ont investi le genre. Il écrit : « Ovidie dérange. Les hommes d’influence d’un milieu -acteurs et commentateurs du X- ni plus ni moins mais autant misogynes que la moyenne, comme les féministes en général. »
Dans cette solide enquête, l’auteur lève bien des fantasmes sur une industrie qui a véhiculé bien des mythes entretenus par un goût du mystère, fruit d’une industrie qui a souvent joué au chat et à la souris avec la censure et la lecture de la loi.
(*)Ed. Nouveau Monde
