Tout ce beau monde en prend ici pour son grade dans ce périple bourgeois sur un navire commandé par un pacha (Woody Harrelson), plus souvent ivre que regardant la mer, solitaire, du haut de sa passerelle. Tout ce monde n’est pas beau, tout ce monde n’est pas gentil, et Ruben Ostlund tire à boulets rouges sur tout ce qui bouge, y compris quand les anciens pauvres prennent le pouvoir et passent du côté des « nantis », de ceux qui peuvent donner des ordres. C’est d’autant plus ambigu que le couple le plus agréable, celui des anglais âgés, a fait fortune en vendant… mines antipersonnel et grenades sur bien des théâtres de conflit dans le monde.
In fine, avec une mise en scène qui ne fait jamais dans le léger – la scène des toilettes est gratuitement scatologique – Sans filtre manque vraiment de finesse et on peut légitimement se demander comment un tel film, très long en prime, a pu offrir une seconde Palme d’or au réalisateur après The Square en 2017. C’est d’autant plus dommage que la séquence d’ouverture avec le couple de mannequins était plutôt originale et prometteuse.
