Napoléon : un chef d’œuvre ressuscité

Bien sûr, l’opus a vieilli et le jeu des comédiens ont parfois un jeu appuyé, typique de l’époque du Muet. Bien sûr, Albert Dieudonné campe un Napoléon, en figure christique, comme habité et l’aigle impérial symbolise aussi la colombe. On sait qu’à la fin de sa vie, alors qu’il se prenait pour Napoléon, le comédien se fit enterrer dans… les habits de l’Empereur.

Pour autant, on ne peut qu’être étonné par le caractère visionnaire de l’opus et son lyrisme, dans la droite ligne des grands poèmes de Victor Hugo. En prime, le film touche à tous les genres; du film de guerre à une atmosphère même de western quand on voit Bonaparte qui fuit à cheval dans le maquis corse ses rivaux paolistes, qui sont anglophiles… Et puis, le romantisme est aussi convoqué à travers la rencontre entre ce général un peu fruste et la sensuelle Joséphine de Beauharnais.

Enfin, il y a les innovations esthétiques car Abel Gance affichait l’ambition de repousser toutes les limites aussi bien techniques que formelles. Ainsi durant le prologue à Brienne, il parvient avec une caméra subjective à nous plonger au cœur d’une banale bataille de neiges et puis l’écran, transformé en damier, bascule sur l’affrontement des aspirants officiers, mais à … coups de polochons. Il faudrait encore parler du travail de surimpressions – il y en parfois seize dans le même plan- qui conduit presque à de l’abstraction. Et puis Gance innove avec l’ancêtre du split-screen en montrant, en même temps, trois images et trois actions ou points de vue différents… Un peu à la façon des triptyques mystiques des tableaux religieux du Moyen Âge.

Pour finir, il faut aussi évoquer la musique originale, si essentielle à l’époque du Muet, et qui fut œuvre du compositeur Simon Cloquet-Laffolye qui a cherché dans le répertoire symphonique de quoi concevoir cette B0 avec 148 extraits empruntés à 48 auteurs, de Haydn à Penderecki. Cette musique originale est cette fois interprétée et enregistrée par l’Orchestre National de France, l’Orchestre Philharmonique et le Chœur de Radio France, dirigés par Frank Strobel.

Il fallait bien ce travail de fourmi pour redonner vie au pari fou d’Abel Gance, ce visionnaire du cinéma…

Le film sera aussi diffusé à la la Cinémathèque Française jusqu’au 21 juillet. On peut lire aussi Napoléon vu par Abel Gance (La Table ronde/ La Cinémathèque française).

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