Napoléon : un chef d’œuvre ressuscité

Après une restauration aussi titanesque que minutieuse, le Napoléon d’Abel Gance sort cette semaine en salles pour la première fois depuis quatre-vingt-seize ans et dans une version fidèle à la vision du cinéaste. Retour sur un tournage aussi fou et d’un film au destin maudit.

Présenté au dernier Festival de Cannes, le Napoléon d’Abel Gance revient de loin. Sorti en 1927, il a connu deux versions différentes : une courte (3h47) , dite “Opéra”, qui fut présentée au Palais Garnier ; et une longue (9h00), dite “Apollo”, du nom du cinéma où le film fut projetée. Ensuite, Abel Gance retourne monter une nouvelle version de sept heures destinée aux salles mais, en raison de cette durée qui sort du cadre classique, son exploitation tourne court. Abel Gance (1889-1981) fait partie de ces cinéastes qui, à l’instar d’un Orson Welles, a toujours pratiqué l’inachèvement et, pour tenter de faire survivre son film, il le mutile à plusieurs reprises, tournant même de nouvelle scènes, le sonorisant pour tenter d’attirer un large public. Son Napoléon va donc connaître une bonne vingtaine de versions, parfois éloignées de l’original, et sera restauré à cinq reprises. Et l’ancien patron de la Cinémathèque Henri Langlois, fondateur de l’institution et fou de cinéma, avait parfois défendu ce film contre… Gance lui-même !

Avec la restauration titanesque entreprise par le réalisateur et chercheur Georges Mourier pour la Cinémathèque française – quinze ans de travail – ce Napoléon d’Abel Gance est sans doute la version la plus proche de l’original : sept heures de film, découpé en deux époques et qui couvrent dix-sept années de la vie de l’Empereur, depuis son passage à l’École militaire de Brienne jusqu’à la campagne d’Italie en passant par l’assassinat de Marat (qui est joué, en prime, par Antonin Artaud).

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