Micheline Presle va avoir un rôle déterminant dans le film à faire : en zone libre, elle avait assisté au début d’un jeune comédien, Gérard Philipe. À ses yeux, le héros du film ne pouvait être que lui et elle l’impose. Quand le film sort, en 1947, Le Diable au corps fait couler beaucoup d’encre : l’histoire d’une femme qui prend un amant quand son mari est au front va choquer…
C’est l’amour qui pousse l’actrice alors incontournable à prendre du recul. Micheline Presle tombe amoureuse de Bill Marshall, acteur, réalisateur et producteur américain qui vient de divorcer de Michèle Morgan. Aux États-Unis, elle signe un contrat avec la Fox, tourne La Belle de Paris, en 1950, avec un rôle pas vraiment palpitante ou encore Guérillas, de Fritz Lang. Ce n’est pas outre-Atlantique qu’elle a fait ses films les plus marquants. Enceinte de quatre mois – de la Tonie Marshall, seule réalisatrice à ce jour à avoir reçu un César – elle n’a pu jouer dans L’Affaire Cicéron, de Joseph Mankiewicz, un rôle repris par Danièle Darrieux.
Après son retour en France, après avoir connu des mois difficiles avec Bill Marshall qui rêve de l’enfermer à double tour, elle fait face à une dure vérité : ses deux ans passés aux États-Unis l’ont fait oublier. Sur France Culture, en 2005, elle notait : « Il y a réellement dans ma vie un avant et un après l’Amérique. J’ai toujours comparé ça à une femme qui laisse tomber un homme qui l’aime, et qui, quand elle revient vers lui, n’en veut plus. Quand je suis partie, j’avais la main, quand je suis rentrée je l’avais perdue, on ne voulait plus de moi. »
Le retour en grâce de Micheline Presle passera par le théâtre et surtout le petit écran : la série Les Saintes Chéries, réalisée par Jean Becker (le frère de Jacques) fait un tabac au milieu des années soixante. La série raconte la vie d’un couple formé par une bourgeoise un brin écervelée et son mari, Pierre (Daniel Gélin) qui est dépassé par les évènements. Sans retrouver l’aura passé sur grand écran, l’actrice continuera ensuite de jouer beaucoup au théâtre.
C’est dans la Maison nationale des artistes de Nogent-sur-Marne que Micheline Presle a fini ses jours, après avoir fait sa dernière apparition au cinéma en 2014 dans Tu veux ou tu veux pas, de Tonie Marshall avec Sophie Marceau, Patrick Bruel.
Avec sa disparition, le cinéma perd une figure de légende qui avait un credo : « Il faut être curieuse ».
