Dans la jungle des hommes perdus

L’originalité du film, c’est de faire surgir une forme de spiritualité, de croyances naturelles dans ce classique récit de guerre et de survie. David Oelhoffen poursuit : « La présence du soldat Tinh, qui est hmong, permet à Lemiotte de s’ouvrir à une autre façon de voir le monde.Lui qui est totalement individualiste, extrêmement hostile à toute forme de spiritualité, d’ordre, se laisse envahir peu à peu par l’irrationnel. Notamment dans la dernière scène lorsqu’il revoit toutes les personnes qui sont mortes à ses côtés alors qu’au départ ils les méprisaient. »

Abordant aussi les addictions qui déciment ces soldats perdus – l’alcoolisme en premier lieu, mais aussi la drogue – le film ressuscite un camp de repos comme Khan Khaï qui fut une sorte de mouroir pour ces légionnaires en bout de course.

Côté réalisation, avec une caméra qui colle au plus près de cette troupe poursuivie par une colonne japonaise au cœur de la jungle, David Oelhoffen parvient à nous faire ressentir les tourments vécus par ces hommes et par ce récit poignant avec une image, œuvre du directeur de la photographie Guillaume Deffontaines, qui joue entre le réalisme et une forme d’expressionnisme. N’ayant pu tourner au Cambodge, à l’heure de la Covid et de ses suites, le cinéaste a trouvé en Guyane, un cadre idéal pour y situer son histoire. Et le choix de tourner avec des acteurs peu ou pas connus du grand public (Nuno Lopes est un comédien célèbre au Portugal et Andrzej Chyra est un acteur polonais connu au théâtre) – voire quelques anciens légionnaires comme Teng Va- confère à cette odyssée tragique une grande vraisemblance.

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