La conquête sauvage

Ne passant pas sous silence la manière forte pour se débarrasser des autochtones – la scène de l’attaque du camp indien et du viol est assez insoutenable – Felipe Gálvez Haberle montre la réalité de cette colonisation à la pointe des armes où il est « juste » question de se tracer une route vers l’Océan en éliminant toutes les populations qui gênent. Et quand l’émissaire du président Montt débarque dans le clan Menéndez, on voit bien comment, avec le silence complice des autorités religieuses, la famille a imposé sa loi, grâce à sa fortune, sur la région. Derrière la douceur de façade d’une famille qui aime goûter à des intermèdes piano dans une atmosphère compassée, la réalité est nettement plus violente.

Loin de toute l’imagerie du film d’aventures, le réalisateur a choisi, un peu à la manière d’un Werner Herzog, de décrire le quotidien de ces colons dans un récit qui marche à la vitesse d’un cheval – ce qui rend les violences soudaines encore plus dérangeantes – dans ses contrées désertées. Il raconte : « Ce qui m’intéressait, c’était de montrer que ces colons étaient des gens ordinaires. Dans les faits, il s’agissait plutôt de personnes pauvres, ignorantes, rustres, et »pas de héros. Il n’y a pas de héros dans le film. Il y a autant de personnages que »de points de vue, et c’est le spectateur qui est confronté au choix de la position »à prendre, du personnage auquel s’identifier ou dont s’éloigner. »

Côté mise en scène, faisant des paysages du sud du Chili l’autre « personnage » de son odyssée sauvage, Felipe Gálvez Haberle sait tourner des séquences presque fantastiques et qui renforcent la violence des situations : que ce soit dans le massacre du camp indien où les tueurs surgissent dans la brume matinale et quand le mercenaire coupe des oreilles pour toucher sa prime que dans l’agression et les outrages subis par le lieutenant MacLennan. Ici, pas de musiques qui envahit l’espace, mais des cadrages qui sont comme des tableaux et figent l’horreur d’un instant.

Violences physiques comme violences verbales : Les Colons décrivent bien le processus d’éradication de cette ethnie indienne pour l’enrichissement d’une caste chilienne. Un drame oublié à découvrir.

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