Avec un tournage-éclair (deux semaines aux Canaries et deux autres en Galice), l’histoire fait se croiser plusieurs destins qui, au terme du récit, se rejoignent. « Un corps sous la lave n’a pas vocation à recréer
les Canaries autochtones, faire cela nous mettrait très mal à l’aise. Notre intention est de porter le regard sur la violence perpétrée sur des corps et une culture dont il ne reste que quelques traces. En ce sens, le corps momifié qui apparaît dans le film pourrait être l’unique témoin de la barbarie qui s’est abattue sur ces terres » notent Samuel M. Delgado et Helena Girón. Et ils mettent aussi à distance certains mythes entretenus par le franquisme en glissant dans leur montage des images de Alba de America (1951), de Juan de Orduña, typique du legs culturel franquiste.
Jouant aussi sur l’influence des phénomènes naturels, notamment avec les images magnifiques de volcans, ce drame évoque, sous la forme fictionnelle, la barbarie qui s’est abattue sur ces terres, devenues un terrain d’expérimentation du colonialisme. Pour renforcer cette idée, les réalisateurs ont tourné avec des acteurs non professionnels qui s’expriment en galicien. « Cette langue est une des langues co-officielles de l’État espagnol, elle appartient à la même famille linguistique que le portugais et renvoie à la tradition orale médiévale. Elle était très répandue dans la péninsule ibérique à l’époque. La musicalité, la cadence et le rythme du galicien enrichissent les dialogues, non seulement
d’un point de vue dramatique, mais aussi d’un point de vue musical. »
S’il faut parfois s’accrocher pour rester dans l’histoire, ce film reste un objet audacieux et qui révèle une part onirique.
