Un Dumas sans âme

De fait, les personnages féminins apportaient un supplément d’âme dans le premier volet du film, mais la reine et Constance Bonacieux sont très peu présentes cette fois pour des raisons évidentes de scénario. Quant à Milady, autant Eva Green joue juste quand elle mise sur le charme face à d’Artagnan, autant quand elle affiche un sourire un brin satanique, on a le sentiment qu’elle force le jeu. L’émotion n’est alors jamais au rendez-vous, sauf quand Athos-Jean-Pierre Cassel découvre que son ancienne femme a survécu à la pendaison. Côté vraisemblable , on peut se demander, au passage, comment Milady a survécu à la chute de la falaise anglaise de l’épisode précédent. Enfin, une fois encore, les dialogues oscillent entre le parler d’époque et des répliques plus modernes qui sonnent parfois étrangement comme lorsque Porthos propose de « fumer » des adversaires.

Si le premier épisode était pingre en matière de duels – très présents dans le roman original- celui-ci rattrape la chose et il y a notamment un combat à la dague bien mené. Pour autant, les scènes d’action armées pêchent pas un bruitage sommaire qui ne permet pas de restituer l’intensité des assauts. Reste alors la musique, envahissante, pour tenter de surligner le choc des armes. En revanche, l’attaque du commando nocturne dans Rochefort, façon commando Hubert, une séquence très moderne dans la mise en scène, avec des plans rappelant ceux de Capitaine Alatriste, est une bonne surprise.

Enfin, et c’est étonnant dans un tel budget, utiliser des décors naturels aussi connus que St-Malo et le Fort La Latte (où furent tournés Les Vikings, de de Richard Fleischer), sans les camoufler, pour situer un siège censé se passer à Rochefort, est une erreur. Avec un travail numérique, on aurait pu rendre ces lieux moins reconnaissables et laisser travailler l’imagination du spectateur. Ici, on est plus dans une espèce de carte postale avec un côté sépia, une carte postale qui surgit de manière inattendue au milieu de l’histoire.

Si le deuxième volet du roman d’aventures d’origine n’est pas, l’origine, le plus rythmé, ce Milady n’a pas trouvé la formule pour lui redonner un véritable cachet. In fine, ce sont les méchants qui donnent le plus de tonus au récit : aussi bien Éric Ruf, magistral et inquiétant cardinal de Richelieu que Patrick Mille, campant un comte de Chalais qui trahit tout le monde. Beaucoup de communication donc pour un film de lames plutôt émoussées.

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