S’engager pour la vie

Si de politique il est question, d’amour aussi le scénario est nourri. Celui de cette Rosa qui retrouve goût à la sensualité en croisant la route de Henri, un intellectuel qui semble revenu de tout. Avec une rare pudeur, Guédiguian évoque la relation amoureuse à un âge où l’on feint parfois de cultiver l’art d’être grand-père (mère). Cela donne la réflexion de Jean-Pierre Darroussin qui demande, tremblant presque comme un ado, à Rosa si elle pourra « éteindre la lumière » pour éviter de montrer son corps marqué par les années. L’amour, c’est aussi celui de la nouvelle génération et de la difficulté de Alice (Lola Naymark) à avouer à son amoureux transi (Robinson Stévenin) pourquoi elle ne peut satisfaire à ses désirs d’une famille nombreuse… Une Alice qui incarne aussi, au côté des blessés de la rue d’Aubagne une génération qui croit encore à l’intérêt de s’engager, de fédérer les énergies autour de projets concrets.

Et puis, on retrouve encore, via même des affiches de film en forme de clin d’œil, d’autres combats permanents de Guédiguian et notamment l’ évocation du sort des Arméniens, victimes d’un génocide, alors qu’aujourd’hui, le monde entier détourne les yeux de ce qui s’est déroulé dans le Haut-Karabakh. Le cinéaste le fait simplement en montrant la manière dont les Arméniens de Marseille entretiennent la flamme au quotidien. Cela passe aussi bien par les discussions enflammées dans le bar de Sarkis que par la chorale dirigée par Alice et qui interprète avec fougue Emmenez-moi, un hymne de l’immigration signé Charles Aznavour.

Enfin, et peut-être pour la première fois, Guédiguian utilise » tout » Marseille, « personnage » central de son œuvre, pour y faire déambuler ses personnages. L’Estaque est toujours présente, bien sûr, avec le frère de Rosa, joué par un Gérard Meylan impérial, chauffeur de taxi et survivant du rêve communiste, et qui a ici, dans son jeu, la force d’expression d’un Raimu . La rue d’Aubagne offre des décors proche de la Canebière; l’appartement de Rosa le quartier rénové du Vieux Port et l’hôtel où Henri est descendu conduit le spectateur dans le Marseille bourgeois de la Corniche et de l’hôtel « Le Rhul » avec vue imprenable sur la mer. Et tarifs en rapport.

Avec une chronique humaine qui ne manque ni d’émotion, ni d’humour, ni de lyrisme, Robert Guédiguian signe un de ses films les plus forts , porté par un casting du tonnerre. Un film qui atteint, dans certaines séquences, la force d’un Roberto Rossellini. Face à une époque si politiquement morne et molle, un tel film a l’immense atout de montrer que l’engagement n’est pas un vain mot, malgré les difficultés de la route à emprunter et les accidents de parcours.

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