Sorties cinéma : mercredi 15 novembre 2023
ET LA FÊTE CONTINUE, de Robert Guédiguian – 1h46
Avec Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin, Lola Naymark, Gérard Meylan
Mon avis : 5 sur 5
L’histoire
À Marseille, Rosa, 60 ans a consacré sa vie à sa famille et à la politique avec le même sens du sacrifice. Tous pensent qu’elle est inébranlable d’autant que Rosa est la seule qui pourrait sceller l’union de la gauche à la veille d’une échéance électorale décisive. Elle s’accommode finalement bien de tout ça, jusqu’au jour où elle tombe amoureuse d’Henri. Pour la première fois, Rosa a peur de s’engager. Entre la pression de sa famille politique et son envie de lâcher prise, le dilemme est lourd à porter.
Ce qui touche dans le film ?
Plus conteur que jamais, Robert Guédiguian a mis ce nouveau film sous les auspices de Homère, dont un buste signé Étienne Dantoine orne depuis 1803 une petite place à un jet de pierre des immeubles vétustes de la rue d’Aubagne, au cœur de Marseille. Des ces batiments qui se sont effondrés sur leurs habitants et fait huit morts en 2018. Homère, aveugle mais pas sourd, qui lui offre la séquence – à ne pas dévoiler – sans doute la plus forte d’un film qui est, de manière presque miraculeuse, une espèce de synthèse de tout ce qui a construit l’univers du cinéaste de l’Estaque.
Car, dans ce film dont le titre – tout un programme – renvoie à un poème de Prévert, un autre aède du Peuple, Robert Guédiguian aborde, sous la forme d’un récit en apparence classique une multitude de thèmes, qui sont reliés par la solidarité de certains marseillais après le drame de la rue d’Aubagne.
Cri d’indignation, l’histoire est nouvelle déclaration d’amour à Ariane Ascaride, qui campe Rosa, une infirmière, qui rêve d’union de la gauche à la veille des élections et se morfond devant certains débats byzantins entre partis politiques. Et l’on ne peut pas ne pas penser en la voyant à Michèle Rubirola qui a gagné, contre tous les pronostics la mairie de Marseille, en 2020, à la barbe des dauphins du vieux Jean-Claude Gaudin usé jusqu’à son écharpe d’édile. Robert Guédiguian précise : « Il y avait chez elle un refus du pouvoir alors qu’elle a milité toute sa vie pour y accéder ou, du moins, pour que ses idées prennent le pouvoir. Michèle Rubirola m’a inspiré, à son insu, le motif central du film. Ça s’arrête là. Je n’ai fait ni enquête, ni interview. Nous avons immédiatement écarté l’hypothèse d’une reconstitution de son histoire. Il n’y a pas de bureau de vote, pas de scrutin, pas de campagne électorale, etc. Je voulais quelque chose qui ne serait ni historique ni journalistique, mais métaphorique, voire poétique. » Pour autant, le cinéaste ne cède à aucun angélisme et on ressent chez lui une forme de mélancolie d’une époque où les gauches savaient se parler.

