Faisant preuve d’une technique cinématographique magistrale, multipliant les plans, Scorsese filme lentement cette marche funèbre dans laquelle tous les hommes semblent pris au piège de la violence sourde, permanente. S’il sait capter les scènes de groupe à merveille – un travelling tournant autour d’Ernest Burkhart l’isole au milieu d’un rassemblement – Scorsese mise ici sur la lenteur et des séquences domestiques dans une forme de clair-obscur (le directeur de la photographie Rodrigo Prieto fait un travail remarquable) avec des conversations sourdes qui préludent à des meurtres… pour décrire ce monde en décomposition. In fine, Killers of The Flower Moon, un titre magnifique au demeurant, résonne comme une réflexion sur la mort, signée d’un cinéaste âgé de plus de 80 ans et qui a lancé à Cannes juste avant la projection, « Le temps m’est compté. » Pour autant, l’humour n’est pas absent du film comme le prouve l’inattendue séquence finale qui permet au cinéaste d’apparaître, comme il aime le faire à la manière d’un Hitchcock.
Comme à l’accoutumée chez ce passionné de musiques, la bande originale qui épouse en permanence une histoire nourrie d’ellipses, une bande signée de son vieux compagnon de route, Robbie Robertson (disparu l’été dernier), contribue à l’atmosphère pesante de cette chronique sur la mauvaise conscience américaine et rend hommage à la culture Osage et aux cultures indiennes en général.
