Une retentissante affaire

C’est la lecture du célèbre livre de souvenirs de Pierre Goldman, Souvenirs d’un Juif polonais né en France, il y a une quinzaine d’années, qui a poussé Cédric Kahn a passer à l’acte. Il raconte : « Ce qui me saute aux yeux, ce n’est pas son innocence, c’est sa langue, extraordinaire. Son style, sa dialectique, sa pensée. Je me dis qu’il faut faire quelque chose de ce livre, au cinéma. » Écartant l’idée d’un biopic, il a choisi de se focaliser sur le procès : « En-dehors de cela, la vie de Goldman, c’est une série d’échecs, de drames, de renoncements. J’écarte donc la piste d’un biopic et je me dis que le film à faire, c’est le procès. »

Coécrit avec la scénariste Nathalie Hertzberg, le scénario est le fruit d’un long travail de recherches et de rencontres, notamment avec Georges Kiejman (campé par Arthur Harari) et Francis Chouraqui, les avocats de Goldman. Si Cédric Kahn a pris quelques libertés avec la reconstitution du procès – avec Nathalie Hertzberg, ils ont mêlé les deux procès et pioché des éléments dans la biographie de l’accusé – ils ont utilisé les vraies lettres et ont intégré des informations découvertes après le procès. En prime, la plaidoirie de Kiejma, avec lequel les relations furent très tendues, est quasiment reproduite au mot près.

Cinématographiquement, le cinéaste a pris le parti d’une mise en scène épurée. Il conclue : « Je voulais que le spectateur soit dans la position du juré. La forme devait donc être la plus sèche possible. Dans ce film, il n’y avait pas d’espace pour la fioriture. C’est le sujet qui a dicté la forme. Je voulais montrer l’art oratoire d’un procès et la difficulté de rendre la justice. » Pour l’anecdote, Cédric Kahn a fait tourner un autre cinéaste : incarnant Georges Kiejman, Arthur Harari a signé le remarquable Onoda-10 000 nuits dans la jungle et co-écrit Sibyl et Anatomie d’une chute avec sa compagne Justine Triet.

Suscitant bien des polémiques à l’époque, ce Procès Goldman a tout pour ne pas laisser, une fois encore, le spectateur indifférent.

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