Au fil des séquences, Marco Martin montre comment lesdits migrants n’ont aucun droit et doivent subir le diktat de l’entreprise, courber l’échine et vivre comme des animaux (la séquence où l’un deux imite un volatile est forte en symbole). Le réalisateur ajoute : » S’ils sont malades ou blessés (ce qui arrive très souvent), ils ne sont pas couverts ni aidés ; ils sont au plus bas de l’échelle sociale. C’est cette déshumanisation qui m’intéressait. Je voulais que cette misère soit davantage visible et mise en avant, tout en donnant une voix à ces travailleurs. »
Filmé de manière presque documentaire, avec une photographie magnifique, de nuit notamment, signée João Ribeiro, ou les séquences hallucinantes dans l’usine de volailles qui sent « la merde et le sang », Un automne à Great Yarmouth est un drame saisissant porté par l’interprétation hors pair de Beatriz Batarda, qui campe cette jeune femme qui sacrifie ses compatriotes à ses rêves d’hôtel pour seniors. Il y a du Frances McDormand dans sa manière de prendre à bras le corps ce personnage, de jouer sans maquillage, déchiré entre ses rêves d’avenir meilleur, un amour qui se délite et la réalité de cette misère quotidienne dans un décor de fin du monde. Sans aucun misérabilisme ni pathos, ce drame social est le portrait saisissant d’une femme dont la personnalité est riche d’ambiguïté.
