Le pari était osé, mais le film est assez réussi, malgré quelques moments invraisemblables et des personnages un peu caricaturaux comme celui campé par Nicolas Duvauchelle : Laetitia Masson sait passer d’un décor à l’autre, avec un beau travail sur la photo de sa chef opératrice Emmanuelle Collinot.
Au fil des séquences, réunis in fine par la vision des Nympheas, l’histoire est une célébration de la fragilité des existences à travers des rencontres fortuites : que ce soit celle du personnage campée par Élodie Bouchez accueillant un migrant qui vient de perdre son fils dans sa chambre d’hôtel que le vigile qui accepte de passer l’éponge sur les vols de la routarde (Clémence Poésy très juste) en échange d’une peinture le représentant avec son chien empaillé… Comme si, en fait, l’éternel de la condition humaine était d’être confronté à une solitude profonde. Parfois, l’insolite se glisse dans une séquence comme lorsque le personnage campé par Elodie Bouchez chante un air de Vic Chesnutt, figure du folk-rock indé, ironique et tragique à la fois, et qui est mort, à 45 ans, dans un accident de voiture. Un air qui, en prime, « célèbre » la lâcheté.
Avec ce film, Laetitia Masson fait une fois encore bouger les lignes pour embarquer le public dans un monde dont les repères sont bouleversés, à l’image de la situation climatique qui accompagne les personnages le temps du récit. Cela peut perdre certains spectateurs, pourtant il se dégage de l’ensemble de la sincérité.
