Elle a mis quatre ans pour imaginer le parcours croisé de trois hommes, d’âge et de parcours différents, et qui sont des condamnés « banals ». « Ce ne sont que des hommes, coupables certes, mais qui, comme nous, ont une vie, une famille, un passé. Je me suis dit : « Lâche-les et regarde où ils vont », souligne Ève Duchemin.
Par petites touches, en montrant comment ces trois détenus reprennent pied dans le quotidien (l’un termine une peine de 20 ans), elle décrit avec finesse, s’attachant à capter les blessures intimes des trois détenus, comment ils retrouvent leurs proches. Et sa caméra se situe au plus près de chacun des protagonistes.
Extrêmement bien joués par les comédiens, Karim Leklou, Issaka Sawadogo notamment, la cinéaste montre bien comment la réinsertion ressemble à un parcours du combattant. Certaines séquences comme celle où le père, campé par Issaka Sawadogo , retrouve ses enfants lors d’un repas de famille, qui devient vite tendu, sont très émouvantes, comme si la prison avait établi un mur infranchissable avec ses proches.
Avec une réalisation proche de celle du documentaire, la réalisatrice signe une fiction qui provoque la réflexion et, échappant à toute caricature (y compris quand elle évoque la sexualité bridée), est émouvante de bout en bout.
