Durant l’écriture du scénario, Anne Fontaine a enquêté sur le terrain, en croisant notamment Yann Despouy, un commissaire, ou des officiers de la police des frontières. Elle raconte pour évoquer son souci de réalisme : « J’ai vu des êtres humains parfois très complexes, d’autres plus simples, des gens, en tous cas, qui n’avaient rien à voir avec tous les a priori qui circulent. Ça a été un travail essentiel pour préciser les personnages, crédibiliser leurs actions et rendre la véracité de cette profession. J’ai retrouvé certains de mes interlocuteurs au moment de la préparation, pour qu’ils enseignent les bons gestes aux acteurs, et d’autres sur le tournage : pour jouer les scènes d’interrogatoire au centre de rétention à Vincennes et l’interpellation à Roissy, j’avais besoin de « pros ». »
Posant la question des possibilités d’agir quand on se sent un être humain, le film n’offre pas une réponse des plus optimistes. Construit selon trois points de vue, le récit offre, finalement, un horizon bouché. Pour tenter de relever la tête, il n’y a plus qu’à tenter de s’accrocher aux petites choses de la vie courante. Un film qui est d’autant plus oppressant que Police a été tourné en grande partie dans une voiture et en studio ce qui permet à la cinéaste de filmer les visages en très gros plans. La réalisatrice explique ce choix : » Je n’aurais pas eu des cadres aussi stylisés, ni pu me permettre certains travellings. Le commissariat a, lui aussi, été entièrement recréé ». Une plongée saisissante dans le blues des flics et un contexte social et politique des plus sombres. Car cette vie n’a rien d’un rêve. Le constat est sombre, comme le dit Aristide à Virginie : « Ne me dis pas que tu voulais être flic quand tu étais petite... »
