Si le documentaire d’une facture très classique avec parfois une voix off un peu plate met du temps à démarrer, il prend sa vitesse de croisière dans la deuxième partie où Jamila Jendari et Nicolas Beirnaert montrent bien comment le monde des actionnaires n’a que peu de respect pour celui du travail. N’ayant pas l’autorisation de filmer dans l’usine – les seules images sont celles du téléphone d’un ouvrier – Jamila Jendari et Nicolas Beirnaert ont pris le parti de choisir le comité d’entreprise comme camp de base. Ce qui montre bien comment les négociations – et un jeu de poker menteur – s’installe à travers des conversations téléphoniques amplifiées pour permettre à tous les participants de s’exprimer.
Là où le film est le plus vivant, c’est quand Philippe Poutou intervient avec le naturel qu’on lui connaît et son air malicieux même quand le combat s’annonce rude. L’échange épistolaire avec le ministre de l’Économie et des Finances Bruno Le Maire donne lieu à une séquence dans laquelle l’humour n’est pas absent. Tout comme la séquence où la maire de Blanquefort, Véronique Ferreira entourée d’autres élus, notamment Alain Juppé, le sourire un peu forcé, viennent soutenir les salariés.
In fine, ce doc montre bien comment les dés sont pipés dès le début des discussions, et même quand les syndicalistes font des concessions qui n’ont rien de symboliques. Posant les questions du syndicalisme et de sa représentativité, du poids des actionnaires, du peu de marge des politiques, ce documentaire est une photographie des craquements sociaux présents dans le pays à l’heure d’une mondialisation sauvage. Il pose aussi la question du danger à ne laisser aucune piste à l’espoir…
