Le cinéma iranien encore primé

A l’occasion de la remise de ce prix, Panah Panahi a déclaré : « Je ne peux pas concevoir de plus grand honneur que de recevoir ce prix ce soir. Depuis que j’ai découvert ma passion pour le cinéma, depuis que je vis pour le cinéma, Les Cahiers étaient pour moi une sorte de boussole. Il y avait une revue en Iran qui traduisait quelques articles des Cahiers et j’attendais impatiemment de savoir quel auteur, quelle critique, quel film j’allais découvrir à travers ces articles. Je suis extrêmement honoré mais ma joie n’est pas entière. Je porte en moi cette blessure, cette douleur. Cette douleur infinie que l’on ressent, là d’où je viens. Je viens du cœur d’événements qui nous déchirent. Cela fait plus de deux mois que nous, les Iraniens, nous passons chaque jours par toutes les couleurs. Nous passons par les sentiments les plus exacerbés, les plus extrêmes qui soient. Nous croyons être arrivés au bout de quelque chose, et le lendemain nous nous réveillons et nous allons encore plus loin dans la violence et dans l’extrémité de ces sentiments. Donc, est-ce que je peux le dire pour nous tous, je ne sais pas, mais au moins je peux le dire pour moi : je me retrouve très éloigné de mes centres d’intérêts, y compris de mon amour du cinéma dans les jours que je traverse. Dans ces sentiments extrêmes il y a la douleur, il y a souffrance, il y a cette peine que les Iraniens ressentent. Mais il y a aussi un espoir inédit. L’espoir de nous être trouvés les uns les autres. Au bout de 43 ans, nous savons ce que cela signifie d’être Iraniens. Nous avons espoir en cette unité, en cet avenir qui peut-être chantera pour nous, les Iraniens. Je ne peux donc conclure que par le plus beau cri de l’humanité : Femme, Vie, Liberté.« 

Une chose est sûre : suivant l’exemple paternel, Panah Panahi ne semble pas vouloir mettre son goût de la liberté entre parenthèses. Pour mémoire, le dernier film de Jafar Panahi, Aucun ours, un bijou d’impertinence et de courage, est actuellement à l’écran. Il en faut surtout par le manquer pour soutenir un cinéaste aussi inventif que courageux.

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