Chronique d’un infanticide

Posant un point de vue excentré sur la société, un point de vue politique aussi, Alice Diop – et c’est la force de son film – donne à voir des gens restés jusqu’ici dans l’ombre. On sent que chez la cinéaste la différence entre documentaire et fiction n’est pas figé et son approche dans Saint Omer fait penser à certains reportages de Strip-tease ou à 10e Chambre – Instants d’audience, de Raymond Depardon. La réalisatrice souligne : « Dans Saint Omer le fait divers est, consommé, digéré, recraché à travers le prisme de mon histoire intime et de ce projet politique qui consiste à raccrocher les histoires de ces femmes à la mythologie qui ne leur a jamais été offerte, à la tragédie qui vient révéler quelque chose de nous-mêmes, de moi et du spectateur. »

Toutes les séquences du procès sont d’une grand réalisme et d’une grande force et aussi bien Valérie Dréville (la Présidente du tribunal) que Aurélia Petit (Maître Vaudenay) campent avec beaucoup d’autorité ces figures essentielles de la procédure. Avec un choix de cadrages qui font penser à des tableaux, Alice Diop signe ainsi une œuvre forte et épurée. On peut juste regretter qu’elle n’ait pas resserré un peu le montage pour donner plus de rythme à son film et que l’on n’en sache finalement pas plus sur la psychologie de Laurence Coly (Guslagie Malanda) qui affiche, tout au long du procès, un visage fermé et semble se méfier du moindre mot de trop.

Un film ambitieux et formellement réussi auquel il manque, quand même, un peu de tensions pour nous toucher pleinement.

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