Cinéma actualité
SAINT OMER, de Alice Diop – 2h02


Avec Atillahan Karagedik, Kayije Kagame, Guslagie Malanda
– Sortie : mercredi 23 novembre 2022 –
Mon avis : 3 sur 5
Le pitch ?
Rama, jeune romancière, assiste au procès de Laurence Coly à la cour d’assises de Saint-Omer. Celle-ci est accusée d’avoir tué sa fille de quinze mois en l’abandonnant à la marée montante sur une plage du nord de la France. Mais au cours du procès, la parole de l’accusée, l’écoute des témoignages font vaciller les certitudes de Rama et interrogent notre jugement.
Et alors ?
Pour son passage à la fiction, Alice Diop a fait parler d’elle : Saint Omer a remporté le Lion du Futur du Meilleur Premier Film et le Lion d’argent lors de la 79ème Mostra de Venise, a reçu le Prix Jean Vigo, et ce drame est le candidat de la France aux Oscars, entre autres ! C’est dire qu’il a créé la surprise. Un tragique fait-divers a nourri l’inspiration de la cinéaste venue du documentaire. Saint Omer a été inspiré par l’histoire de Fabienne Kabou, une mère condamnée en 2017 pour infanticide. Le 20 novembre 2013, le corps de sa fille Adélaïde, 15 mois, a été retrouvé par un pêcheur sur la plage de Berck-sur-Mer dans le Pas-de-Calais. Sa mère, qui ne l’avait jamais déclarée à l’état civil, l’avait abandonnée la veille sur cette plage à marée montante. Si la police a cru un temps qu’il s’agissait de l’enfant du migrante qui avait fait naufrage, on a finalement découvert que la coupable était la mère qui avait agi ainsi car « c’était plus simple comme ça.«
Fasciné par les images d’une caméra de surveillance de la gare du Nord, montrant une mère avec un bébé métisse emmitouflé dans une combinaison, Alice Diop a voulu en savoir plus, s’est rendue même au procès qui s’est tenu à Saint-Omer. À son arrivée, elle a senti le regard pesant des habitants sur elle. Elle raconte : « Je me sens en danger parce qu’en voyant quel type de blancs me regardent, je comprends que je suis le miroir de leur déclassement. Je suis une femme noire, habillée comme une parisienne, qui traîne une valise, et qui est là, dans cette ville dévastée, exposée à ces blancs déclassés… Cette image de thriller ou de film d’angoisse est quelque part dans le film. »
