Avec un battage certain, Michael Thomas campe ce crooner au physique de colosse qui peut, au prix de quelques billets, jouer les gigolos avec des vieilles dames retrouvant une prime jeunesse sensuelle. Avec sa gaine, son manteau de cowboy, c’est une figure pathétique qui arpente le bord de ces plages désertes et désertées ou ouvre les portes de sa maison plus kitsch que jamais. Le fait que Ulrich Seidl ait tourné en CinemaScope rend le personnage perdu dans un décor interminable encore plus pathétique, notamment quand il chante avec beaucoup de conviction au milieu d’un public clairsemé.
Si les séquences de plaisir « tarifés » avec des vieux pensionnaires, très explicites, sont longues et répétitives sans vraie nécessité non pllus dans l’économie du scénario, l’astuce du cinéaste est de confronter le crooner séducteur à sa fille, qui ressurgit pour lui demander de comptes sur une éducation qu’il n’a jamais assumée. Et du numéraire.
Cette histoire de paternité mal assumée est aussi (et surtout ?) pour le cinéaste l’occasion de montrer, sur ces plages perdues, les silhouettes de migrants qui attendent – le plan des Africains qui regardent dans la vide sous la neige est très fort – comme si, face à un monde qui se meurt dans une certaine opulence, la vitalité vient de ces nouveaux arrivants. Tout un symbole…avec un film qui s’ouvre par ce plan d’anciens figés sur leur fauteuil, et la présence du père sénile du crooner. La vie comme une comédie italienne.
