Sur des images très belles signées Artur Tort, Albert Serra filme une Polynésie qui échappe au décor de cartes postales, y compris quand il suit les surfers que va rencontrer De Roller et qui affrontent des vagues des plus menaçantes. Cet atmosphère lourde est particulièrement sensible dans les séquences nocturnes durant lesquelles le Haut-Commissaire, entre deux réunions mondaines très alcoolisées, tente désespérément de faire la lumière sur cette histoire de sous-marin qui serait porteur d’une mission secrète. Dans ces moments-là, Serra retrouve l’atmosphère des romans d’un Conrad. On y découvre d’ailleurs un Sergi Lopez étonnant qui occupe l’image sans prononcer le moindre mot. Le fait que le tournage ait eu lieu en pleine crise de la Covid a sans doute renforcé le climat lourd et oppressant restitué à l’image. Commentaires du cinéaste : « Comme les acteurs, les actrices, les membres de l’équipe ont tous attrapé le Covid à un moment ou à un autre, cela a encore renforcé l’impression de flou ou de vide »
Là où le film bascule vers le conte un brin fantastique – et n’échappe pas à des longueurs – c’est justement dans les séquences nocturnes de fête avec les personnages androgynes de la boîte de nuit et ces marins en goguette accompagné d’un amiral qui semble un peu d’opérette. On a de fait du mal à croire que des marins en mission secrète puissent se comporter de la sorte dans des lieux publics.
C’est la seule limite de cette fable écologique et politique dans lequel Benoît Magimel fait, au demeurant, une prestation tout à fait impeccable avec un personnage qui semble hors du temps, un officiel qui s’efforce de bien incarner sa fonction en toute situation, ainsi. quand il suit, dans son costume d’une blancheur impeccable les sportifs sur une moto des mers. Avec Albert Serra, la réalité ne serait-elle pas, en fait, un théâtre d’ombres… En tout cas, sa Polynésie n’a rien de solaire et distille une incurable mélancolie.
