Pour obtenir les effets recherchés, Clouzot n’hésita pas à mener la vie dure à Charles Vanel notamment dans la séquence célèbre où il est plongé dans une mare de pétrole dans lequel le comédien dût patauger durant des heures. Hasard, Charles Vanel ne fit le film que parce que Jean Gabin, persuadé qu’un rôle de lâche allait ternir sa carrière, s’était retiré du projet. Quant à Montand, il avait accepté ce premier rôle en sachant qu’il donnerait la réplique à Gabin… Qu’importe, Charles Vanel est époustouflant dans ce drame qui lui valut le Prix d’interprétation masculine à Cannes (le film recevant le Grand Prix, équivalent à l’époque d’une Palme d’or, pas encore créée sur la Croisette). Et Yves Montand décrocha son premier grand rôle.
Adapté du roman homonyme de Georges Arnaud, publié en 1950, Le Salaire de la peur fit scandale à sa sortir aux États-Unis car le film est un pamphlet solide contre la dictature capitaliste des États-Unis envers les petits pays d’Amérique Centrale. Il fut donc amputé des premiers quarts d’heure lors de sa présentation sur le sol américain. Certains passages, jugés osés, furent nettoyés car des scènes comme celle de douche collective où des femmes – nues – sont exposées à la vue de tous, choquaient le puritanisme américain.
Avec le temps, Le Salaire de la peur fait toujours figure de chef d’œuvre du genre.
