Sans jamais forcer le trait, ni dans la description d’une certaine bourgeoisie, ni dans la description du camp des gitans, Léopold Legrand filme avec une infinie pudeur des deux couples qui dérivent et vont accepter, pour s’en sortir, un arrangement financier que la morale et la loi réprouvent. Évoquant aussi bien la filiation, la maternité que l’amour dans un couple, Le Sixième Enfant ne peut que nous interpeller et interpeller une société où l’argent devient la clé de tout ou presque.
Pour donner corps à une telle histoire avec subtilité, il fallait un casting des plus solides et le cinéaste a eu la main heureuse. Sarah Giraudeau incarne avec beaucoup de subtilité cette femme qui rêve d’être mère à tout prix, quand son mari lui rappelle la loi et lui renvoie au visage ses soucis « psychologiques ». Judith Chemla et Damien Bonnard qui affirment de film en film leur qualité de jeu jouent ce coupe de gens du voyage qui tentent de faire front jusqu’au bout avant de se prêter à cet arrangement qui doit leur permettre d’échapper à la misère. La dernière partie du film, la plus risquée, est d’une grande justesse et évite tous les pièges du mélodrame annoncé.
Un sujet de société fort et très bien joué.
