Dans la Roumanie réactionnaire

Si le film ne surprend pas par sa réalisation – sauf dans la séquence où Cristi est isolé et rumine ses pensées, seul, dans la salle de cinéma dans un plan séquence qui se passe de mots – il touche par sa justesse psychologique. Cristi ne peut s’en sortir qu’en agissant comme ceux qu’ils détestent : en « cassant du pédé ». Et, dès le début, y compris dans les relations avec sa sœur -qui pourtant ne le juge pas – on mesure combien il est difficile d’avouer une sexualité différente dans une Roumanie aussi rétrograde.

Suivant son personnage principal dans des rues sinistres de la Capitale comme dans les couloirs impersonnels d’un cinéma banal, il signe une fiction aux allures de documentaire en collant au plus près des principaux protagonistes en procurant un malaise certain du spectateur devant une telle situation de répression étouffante.

Très bien incarné par Conrad Mericoffer, qui sait « habiter » le moindre silence, Cristi est lui-même victime de ses préjugés : on le sent dans son regard quand il regarde son amant français musulman qui fait sa prière. C’est pareil quand il refuse de partir en week-end avec lui en voiture. On sent qu’il a intériorisé les interdits frappant de manière sourde les homosexuels roumains.

Un premier film au ton vraiment personnel et qui nous fait découvrir le talent d’un acteur de la trempe de Conrad Mericoffer.

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