Un coup de griffe singulier

Il faut se replonger dans l’univers atypique de Jean-François Ossang, cinéaste marginal et culotté pour découvrir la puissance créatrice de cet artiste aventurier. Né dans le Cantal – il a suivi l’école à Aurillac – Jean-François Ossang a beaucoup voyagé et lu sans pour autant renier sa terre volcanique natale. ll dit : « Très vite, je me suis intéressé aux écrivains d’Europe de l’Est parce qu’ils véhiculaient cette dimension d’enfermement que je ressentais chez moi. Le Cantal, c’est un grand volcan, cerné par les cheminées des volcans périphériques : j’en ai gardé un fort sentiment de claustrophobie. C’est une région dont la splendeur remonte au Moyen Âge, quand tu regardes les monuments, les églises, tout s’est arrêté au XVIème siècle. Tout ça est assez étrange… » Avant de se lancer dans le cinéma, grâce à l’Idhec – Morituri était son premier film d’étude – il a fait un détour par la musique électrique, la guitare et l’énergie punk, vécue comme un « grand brassage social ».

Dans son univers cinématographique, le cinéaste multiplie les ponts entre les arts (sans jamais sombrer dans la citation gratuite et cuistre) et rend aussi un hommage vibrant au cinéma muet comme dans le beau Docteur Chance où, faisant clairement référence à l’univers de Murnau, il renvoie à la magie des romans d’espionnage et des BD, avec un clin d’œil aussi au film d’aviation. En prime, Vince Taylor est campé par Joe Strummer qui fut réellement pilote d’avion avant de connaitre la carrière musicale que l’on sait. Un petit OVNI tout à fait saisissant.

Bref, il faut replonger dans l’univers profondément original de ce gars pas comme les autres. Un opus comme Morituri, qui débarqua au Festival de Cannes en 1985, est ainsi un pamphlet politique cinglant signé par ce cinéaste qui fut aussi fasciné à l’époque par les mouvements révolutionnaires.

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