Ce mélange des genres est une originalité d’un film qui montre bien comment les états européens jouent la médiatisation de leurs engagements auprès de ces migrants regroupés dans des camps souvent de fortune. Et aussi bien la conseillère de Merkel que le conseiller d’Emmanuel Macron (excellent Tom Villa) font montre d’un cynisme absolu quand il exige du « spontané, de l’instantané » et préfère le témoignage d’une femme à celle d’un homme car plus vendeur. Leurs exigences donnent lieu à des séquences surréalistes comme celle où les membres de l’ONG doivent déplacer les migrants dans des endroits plus misérables afin de justifier que les européens mettent la main à la poche.
Moins convaincant.
C’est dans la deuxième partie, plus familiale et intime, quand Nathalie retrouve ce fils qu’elle avait perdu de vue que l’histoire manque un brin de vraisemblance même si Isabelle Carré et Théodore Pellerin « habitent » vraiment leur personnage. Si les retrouvailles de Nathalie avec son ancienne compagne sont filmées avec beaucoup de subtilité, les relations avec son fils, tendues, sont parfois prétexte à des moments peu crédibles comme la séquence de la météorite sur la voiture. Soudain, on a le sentiment que l’histoire bascule vers la fable et le récit y perd en rythme et en crédibilité.
Et la séquence dans le site de Gibellina au nord-ouest de la Sicile -un village détruit dont les ruines ont été enfermées par l’artiste Burri sous un sarcophage respectant le contour des rues de la cité originelle – est plastiquement belle, mais tombe un peu à plat dans l’économie du récit.
Entre comédie et tragédie, malgré certains chutes de rythme notamment dans les relations de famille, cette Dérive des continents ne manque au demeurant pas d’originalité .
