Prisonnière des réseaux sociaux

Construisant son film sur une cinquantaine de plans séquences avec caméra fixe, Leonardo Medel mise ici sur des cadrages rapprochés – il s’agit le plus souvent visage ou buste – de la même femme à la beauté idéale et qui répond aux critères esthétiques de la parfaite bimbo brune médiatique et médiatisée par ses soins.

Il s’agit, in fine, d’une série de séquences qui ressemblent à des clips publicitaires, des shoots de casting, des selfies bien sûr relayés par un Smartphone utilisé comme un personnage à part entière dans l’économie du récit. Mais le procédé n’est pas gratuit : il est mis au service d’une comédie sociale doublée d’un drame psychologique aux allures de polar. Même si certains passages accusent une baisse de rythme, le résultat conserve une belle efficacité. Bourrée d’humour noir, la séquence où la bimbo pose au côté d’une jeune femme brûlée et défigurée en dit long sur le cynisme d’une telle médiatisation et des moyens nécessaires pour y parvenir.

Pour tenir le film, dans la mesure où elle est omniprésente, il fallait une actrice doté d’un vrai charisme. Entre docteur Jekyll et Mister Hyde, Marianna Di Girólamo, découverte notamment dans Ema, de Pablo Larrain, signe ici une composition solide, passant d’un sourire ravageur à une profonde détresse sans que l’on sache vraiment si les larmes ne font pas partie d’un cinéma personnel.

Un film qui plonge le spectateur dans les coulisses terrifiantes de l’univers des réseaux sociaux et d’un libéralisme agressif.

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