Un Tartuffe turc

On le voit par exemple dans sa manière, rude malgré une apparente douceur, de négocier âprement l’achat d’un terrain à un voisin paysan qui ne peut plus assurer ses dettes. Ou à sa façon de revenir payer à un cordonnier une paire de bottes dont il n’a jamais acquitté le prix. Et il y a des séquences toute symboliques comme celle où le vent « bombarde » le pêcheur de pommes alors qu’il est dans son champ… comme si la Nature se vengeait d’un tel pèlerin.

Pour camper Hasan, Semih Kaplanoğlu a déniché avec Umut Karadağ, un acteur des plus convaincants tant celui-ci parvient à incarner ce paysan archaïque, accroché à sa terre et prêt à quelques vilenies pour conserver son bien. « Je pense qu’avec l’aide d’Umut, nous avons transformé son visage en une image iconique, dit le cinéaste. Bergman avait raison, le cinéma commence avec un visage. » Face à lui, sa femme Emine (Filiz Bozok dont l’interprétation est aussi subtile) semble symboliser une certaine morale et vient rappeler à son mari autoritaire qu’un tel pèlerinage contraint à « nettoyer » son passé. Même si, elle-même, peut marchander pour un vague liseré bleu sur une couverture quelques centaines de livres à une vieille dame dans le besoin.

En toile de fond de ce drame familial qui évoque aussi la perte de mémoire, on découvre aussi le business d’un pèlerinage à la Mecque et du commerce fait autour de la foi, quelle qu’elle soit. Symboliquement, un vent permanent souffle sur ces plaines comme s’il voulait balayer un vieux monde.

Ce drame humain ne manque pas de profondeur pour attirer le spectateur qui laisse du temps au temps et apprécie des histoires qui ne misent pas que sur un montage frénétique. Enfin, Les Promesses d’Hasan est film aussi servi par la très belle photographie signé Özgür Eken.

Aujourd’hui, Semih Kaplanoğlu prépare la suite de sa trilogie qui aura pour cadre Istanbul et montrera, à travers le prisme d’un désespoir amoureux, les bouleversements de la ville.

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