L’Iran : un plaidoyer pour la liberté

L’aventure du tournage. Pour tourner ces quatre histoires – deux se passent dans des espaces clos, deux se déroulent loin de la ville avec des êtres qui, résistant au pouvoir, vivent à l’écart de la vie citadine, dans la nature lumineuse et apaisante. Pour déjouer les pièges de la censure, Mohammad Rasoulof a dû faire preuve d’une audace absolue, sans que jamais le résultat n’en subisse à l’écran les conséquences : pour chaque épisode, un assistant réalisateur différent le secondait sur le plan artistique et le remplaçait sur les lieux de tournage où sa présence était impossible. Le cinéaste raconte : « Mon directeur de photographie, Ashkan Ashkani, étant mon complice de longue date, il pouvait compenser mon absence aux côtés de mon assistant. Nous avons pu travailler assez sereinement pour les scènes en intérieur et celles à la campagne.« 

Une réalisation splendide. Aussi bien dans les espaces clos, étouffants où le drame surgit au détour d’un couloir, que dans les espaces naturels inviolés – les montagnes désertes de la fin offre un décor inoubliable tout comme la vieille maison perchée dans un océan de fleurs- Mohammad Rasoulof signe une mise en scène magistrale où la caméra peut jouer sur un tempo rapide (dans la scène de la prison notamment) avant de prendre le temps d’exploiter les expressions d’un visage (celui du père malade de la dernière séquence par exemple sans qu’un mot ne soit prononcé ou celui de sa visite dans ses ruches).

Mohammad Rasoulof a pu compter sur des acteurs aussi doués que courageux, dont sa propre fille, Baran, qui joue un personnage inspiré par sa propre vie. « Sa personnalité et ses apports personnels m’ont permis d’enrichir le personnage » souligne le cinéaste. Pour les comédiennes en Iran, le non-respect du voile pouvant détruire une carrière aujourd’hui en Iran, le cinéaste a donc respecté les codes imposés. Une anecdote résume le climat de ce tournage : pour éviter de donner le moindre prétexte à la censure, dans la scène de la teinture, ce n’est pas l’actrice qui expose sa chevelure, mais une doublure. Si cette scène lui était reprochée, cette précaution pourrait être capitale.

Récompensé par un Ours d’or à la Berlinale 2020, Le Diable n’existe pas est un objet cinématographique aussi éblouissant que courageux. Un très grand film.

(*) Pyramide Vidéo

Paroles du cinéaste

A signaler dans les Bonus, une rencontre avec Mohammad Rasoulof , par webcam interposé, au 49ème Festival de La Rochelle. Il témoigne comment, interdit de sortir du pays depuis quatre ans, la censure lui impose de vivre « comme dans un étau. » Il évoque encore certaines influences comme celles marquantes du grand Abbas Kiarostami.

Laisser un commentaire