Hommage
Acteur délicat dans les films de Jacques Demy, producteur tôt engagé sur les questions écologiques (on se souvient de Microcosmos), cinéaste engagé, Jacques Perrin vient de disparaître. Il avait 80 ans.
On le revoir jeune marin rêveur dans Les Demoiselles de Rochefort; jeune prince dans Peau d’âne, soldat perdu dans la sale guerre d’Indochine de La 317e Section de Pierre Schoendoerffer (en 1965).
D’une enfance pauvre – il avait été place en pension jusqu’à l’âge de 11 ans – passant des nuits d’insomnie en s’imaginant « partir ailleurs » – Jacques Perrin avait sans doute gardé ce goût de la découverte et d’une vie aventureuse. Pour autant, il ne s’est jamais départi de sa discrétion et d’une réserve naturelle.
La vie d’acteur lui a permis de quitter une vie ordinaire sans pour autant perdre le sens du réel et des choses simples. Il est vrai, entre un père, Alexandre Simonet qui fut régisseur à la Comédie-Française, puis souffleur au TNP de Jean Vilar, et une mère, Marie Perrin, comédienne, premier prix au Conservatoire de Lyon, il avait de quoi faire le grand saut. C’est la littérature qui va accompagner l’enfant, adoucissant les privations de guerre et, partiellement, la séparation de ses parents. Il n’a que le certificat d’études quand il fait plusieurs petits boulots avant de commencer à travailler le théâtre avec le parrain de sa sœur Eva. C’est trois ans plus tard qu’il entre au Conservatoire, repéré par Jean Yonnel (1891-1968), figure incontournable de la Comédie-Française, un tragédien à la voix remarquée de baryton.
Le cinéaste italien Valerio Zurlini le repère sur la scène du Théâtre Edouard-VII alors qu’il joue avec Sami Frey, L’Année du bac, dans une mise en scène signée Yves Robert. Grâce à lui, il décroche son premier grand rôle au cinéma dans La Fille à la valise (1961) suivi de Journal intime (1962). Les studios italiens sauront utiliser le charme et le talent de l’acteur devenant l’un des jeunes premiers les plus connus du cinéma transalpin.
En France, s’il ne trouve pas grâce aux yeux des tenants de la Nouvelle Vague, il joue pour Henri-Georges Clouzot (La Vérité); Pierre Schoendoerffer (Le Crabe tambour; L’Honneur d’un capitaine…) Et c’est Jacques Demy qui va lui donner quelques rôles magnifiques ce qui étonne Francis Perrin qui ne sait pas danser et dit « chanter faux« . Pourtant, malgré sa peur à l’idée de tourner aux côtés de Danielle Darrieux, Gene Kelly, George Chakiris, Catherine Deneuve et Françoise Dorléac, . il campera le matelot blond remarqué des Demoiselles de Rochefort.
Mais Jacques Perrin fut aussi un producteur indépendant engagé. Créée en 1968, sa société de production va reprendre, malgré le scepticisme de tous, le projet Z de Costa-Gavras, dénonciation de la dictature des colonels. En 1996, il témoignait dans les colonnes du Monde cette aventure : « Nous avons alors monté une coproduction avec l’Algérie. Personne ne voulait nous suivre. (…) Avouons que nous avons fait quelques acrobaties comptables, anticipé sur le succès. Montand et Trintignant ont touché des cachets dérisoires ». Le triomphe du film – 4 millions d’entrées en France, et un Oscar du meilleur film en langue étrangère – va lancer la carrière d’un producteur courageux qui produira d’autres films de Costa-Gavras (État de siège en 1973 et Section spéciale, en 1975). Avec obstination, il mettra dix ans à adapté au cinéma que tournera en 1976 Valerio Zurlini. Jacques Perrin y jouera le rôle de l’ardent lieutenant Drogo.
Jacques Perrin, ce fut aussi l’homme tôt engagé pour la défense de la planète. Que ce soit Microcosmos, le peuple de l’herbe, de Claude Nuridsany et Marie Pérennou(1996); Himalaya, l’enfance d’un chef , d’Éric Valli(1999) ou encore Le Peuple migrateur qu’il va coréaliser en 2001 avec Jacques Cluzaud. Il fut un des rares (le seul même) producteur qui mit des budgets conséquents dans le documentaire naturaliste car il avait des convictions chevillées au cœur. Rien que pour Le Peuple migrateur, il a fallu des mois pour habituer les oiseaux à la présence des ULM qui accompagnaient leurs vols, accompagnés de caméras sophistiquées. Conscient des dangers qui menaçaient la planète, il avait entrepris sa grande production, Océans (2010), célébration de la mer et des créatures qui la peuplent, dans un esprit dans la tradition d’un Jacques Cousteau. Un tournage qui s’étala sur cinq ans.
Un honnête homme et un artiste exemplaire nous quitte ce jour.

