Original, ce documentaire l’est aussi par la personnalité d’Arnaud. Face à la caméra de sa sœur, il joue la franchise. On le voit ainsi taguer un métro, piquer un scooter avant de lui mettre le feu, dormir dans la rue… Un pèlerin qui se pique même de jouer le metteur en scène et qui questionne sa sœur sur l’intérêt de tel plan. « Je regarde pas la caméra, j’aime pas ça ! » lance-t-il lors d’une ballade dans une forêt. Un garçon dont on découvre tout un pan de la personnalité dans la séquence bouleversante où il retrouve sa grand-mère en train d’agoniser et qui l’a hébergé quand « il était dans la merde. »
Original enfin, ce documentaire l’est pas sa mise en scène impressionniste, une mise en scène agressive et nerveuse qui remue. Capable aussi bien de filmer l’urgence dans laquelle vit son frangin (les séquences où il s’échappe au guidon d’un scooter) que son désir de vie dite « normale », à travers notamment les dessins évoquant sa nouvelle vie au Pérou, Laure Portier fait de ce frère un vrai personnage de cinéma. Un portrait sans concession – la réalisatrice n’est pas dupe de certaines rodomontade d’Arnaud- mais d’une infinie tendresse. Un objet cinématographique qui est tout, sauf fade.
