Que la montagne est belle

Raphaël Mathié a tourné ce documentaire en laissant du temps au temps, en se laissant, lui-même imprégner d’une atmosphère hors de notre époque, presque irréelle. Il souligne : « Prendre le temps c’est porter attention au vivant, aux choses délicates. C’est accueillir la mouvance du monde, s’ouvrir à sa densité, à sa diversité, à l’illusion, à la poésie. Le temps est une donnée essentielle au cinéma. Mais c’est aussi leur temps, le temps de la marge, la leur, là-haut, un temps organique et minéral, qui se situe à des années-lumière de la bande passante, grise, linéaire et idéologique du temps mécanique.« 

Certains acteurs de cette vie rurale ont une présence plus marquée que d’autres à l’image, telle Coco, qui est la femme qui offre du lien dans la vie de ce petit groupe, et surtout Mich, un personnage extraordinaire dont la vie a été marquée par la pauvreté, l’antisémitisme et la guerre et qui rêve de laisser un témoignage. Le cinéaste souligne : « Communiste et fier de l’être, c’est avec cette même énergie qu’il a milité et ferraillé toute sa vie, défendu bec et ongles, les laissés-pour-compte. »

En mêlant à ces témoignages quelques arrêts sur images et sur les décors naturels magnifiques, Raphaêl Mathié vient fort à propos nous rappeler que la montagne est toujours belle et forge des caractères trempés, y compris quand la vieillesse se fait lourde. Et l’irruption du monde moderne, avec ces plans presque surréalistes de monde confiné, confère à ce monde perché une poésie irrésistible.

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