C’est un homme qui prend la mer…

S’il avait déjà filmé sa région dans Selon Matthieu, en 2000, il capte ici magnifiquement les paysages du pays de Caux dont les changements de lumière confèrent à tout le film une atmosphère poétique qui contraste avec la réalité du quotidien des vies, loin des images d’Épinal du genre. Alors que là des personnages comme le paysan dépressif campé par Geoffroy Sery, un comédien non professionnel, donnent à l’ensemble un grand réalisme.

Tout cette première partie du film est saisissante tant, sans forcer sur le trait et avec des dialogues ciselés, Xavier Beauvois sait capter les petits riens de ces vies qui en disent long sur le quotidien des autochtones. Et puis, il y a le drame vécu par le gendarme du cru – Jérémie Rénier est impressionnant de vérité dans ce rôle, tout comme Victor Belmondo – et qui pousse cet homme ouvert et affable à larguer les amarres. C’est dans la partie dédiée à la fuite et dont les images sont un peu redondantes parfois que ce drame perd un peu d’intensité, même si, in fine, cette histoire reste avant tout un récit sur la dignité des hommes. Pour évoquer cette parenthèse maritime, il souligne : « Le film se passe d’abord dans la boue, dans le sang d’un fait divers sordide, dans la nuit et la pluie. Avec cette virée en mer, on va vers la lumière. Moitessier disait que la mer lavait l’âme. »

Avec Albatros, Xavier Beauvois prouve, une fois encore, qu’il a un vrai coup de griffe et sait porter un regard original et humain sur ses contemporains.

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