Un an avant La Bataille d’Alger, un des grands opus sur la guerre d’Algérie longtemps censuré en France, Pontecorvo signe avec ce film un récit sur l’ambiguïté des révolutions et toutes les tractations subies par les pays colonisés, soumis à une répression d’une extrême violence. Avec un sens consommé du réalisme, Pontecorvo orchestre des séquences saisissantes d’attaques des rebelles où il n’y a aucun quartier. Et il n’est jamais aussi à l’aise que dans les scènes de foule où la caméra passe du personnel au général, parvenant à capter dans un regard, un geste l’émotion soudaine, la peur, la hargne…
Si certains choix de lumière ont un peu vieilli, notamment dans les séquences d’intérieur, si le bronzage de Renato Salvatori jure avec le reste du casting, ce film est une réflexion sur le colonialisme du 19ème siècle tout comme il peut apparaître comme un regard désabusé sur le cynisme des politiques. Dans ces aventures portées par la musique originale si reconnaissable d’Ennio Morricone, Brando incarne avec force cet agent machiavélique à souhait dont on se demande même si sa « gentillesse » à la fin devant le révolutionnaire noir est si désintéressée que ça, tant il fait montre tout au long du film d’un cynisme absolu.
Outre la version longue inédite qui renforce le côté épique de l’opus, le coffret DVD propose notamment une interview du réalisateur et un livret qui accompagne cette édition méritant le détour. Et qui vient enrichir les coulisses du tournage.
(*) Rimini Éditions
