La vie sans Bébel

S’il continuera à tourner pour Godard –Pierrot le fou notamment en 1965 – Belmondo, très vite star, va jouer aussi sous la férule d’un nouveau grand nom du cinéma : Jean-Pierre Melville. Sa prestation dans Léon Morin, prêtre (1961) reste inoubliable, tout comme celle du Doulos (1062).

C’est avec le premier assistant de Claude Chabrol dans À double tour, Philippe de Broca, un autre boute-en-train et séducteur, que la carrière de Belmondo va prendre le tournant vers les comédies d’action. Ensemble, ils feront cinq films après Cartouche (1962). Ensuite, Bébel va enchaîner une étonnante brochette de films où ses qualités physiques sont mises à l’épreuve : de Les Mariés de l’an II (Jean-Paul Rappeneau, 1971), Le Magnifique (Philippe de Broca, 1973) à L’Héritier (Philippe Labro, 1973), L’Animal (Claude Zidi, 1977), Le Guignolo (George Lautner, 1980), L’As des as (Gérard Oury, 1982)… Des films d’action, souvent marqués de l’empreinte de son ami et régleur Claude Carliez, des films où Belmondo se glisse dans la peau de personnages hauts en couleur.

Et l’homme force le respect des cascadeurs de métier comme le raconte Claude Carliez dans Souvenirs en cascades (*) évoquant le tournage de Peur sur la ville et la séquence sur le toit du métro en marche : « Dans le scénario, Verneuil avait juste écrit que le flic montait sur le wagon. Mais c’est Jean-Paul qui a eu l’idée de passer de l’un sur l’autre alors que la rame roulait réellement, sentant l’effet qu’il pouvait visuellement en tirer. » Tous ces films durent de gros succès commerciaux, et restent les témoins d’une époque où les séries télévisées ne concurrençaient pas encore frontalement le cinéma. Et où les stars ne hantaient pas les talk-shows cathodiques…

Les années 90 sonnèrent la fin d’une époque et Belmondo tourna quelques films que l’on peut oublier comme Une chance sur deux, de Patrice Leconte, qui reste plus comme un coup de pub raté marquant les retrouvailles avec Delon, son complice de Borsalino. Victime d’un lourd AVC en Corse en 2001, Belmondo avait réussi à marcher à nouveau et à parler alors que les médecins lui prédisaient le pire. Le métier a mis du temps à lui rendre un hommage mérité. Ainsi, en 2016, Venise lui a remis un Lion d’or pour l’ensemble de sa carrière. Et, en 2017, les César lui avaient rendu un hommage marquée par une ovation historique lors de sa 42e cérémonie.

Avec la disparition de Bébel, qui a marqué économiquement et sociologiquement le cinéma, c’est toute une page du cinéma qui se tourne aujourd’hui…

(*) Ed. Michel de Maule

Laisser un commentaire