Ce portrait rappelle aussi l’enfance du photographe, déjà fou d’images, dans un Berlin dominée par le nazisme. Il avait 13 ans à l’époque et l’époque l’a marqué. « C’était le temps de la terreur, mais les enfants sont différents, on se sentait forts même si on savait que c’était dangereux » disait-il. Pour autant, il reconnaît aussi que l’imagerie nazie a eu une influence sur le futur regard de l’ado qu’il était.

(c) Foto Helmut Newton, Helmut Newton Estate Courtesy Helmut Newton Foundation.
Loin des images de nues du photographe qui se joue des codes de domination masculins, et qui firent scandale – l’image d’une Grace Jones pour la magazine Stern, en 1978, où elle est souriante, nue, devant l’objectif et ses pieds sont enchaînés – le documentaire a choisi de dépasser toute polémique en donnant la parole aux femmes qui ont joué le jeu avec lui. Charlotte Rampling, Isabelle Rossellini et Grace Jones évoquent avec beaucoup de franchise leur travail avec Helmut Newton. Et salue son travail sans jamais trouver déplacée sa façon de construire une image.
Grace Jones évoque notamment comment elle fut recalé au début car elle n’incarnait pas « la femme Newton » et avait une poitrine trop menue. Commentaires de Gero von Boehm : « Les femmes étaient ce qu’il y avait de plus important dans le travail de photographe d’Helmut. Il connaissait les femmes comme personne et les femmes le connaissaient. C’est pour ça que j’ai considéré que c’était à travers elles qu’il fallait raconter son histoire. »
Ce documentaire hommage, s’il n’est pas révolutionnaire dans sa construction et est l’œuvre d’un aficionado de Newton, fait comprendre « de l’intérieur » comment ce photographe a façonné son œuvre en sexualisant les images de mode. Il est évident que, dans les débats actuels surtout en plein Festival de Cannes, pareille approche ne va pas laisser indifférent.
