Une caméra sur la route des migrants

MIDNIGHT TRAVELER, de Hassan Fazili

Documentaire

Sortie : mercredi 30 juin 2021

Mon avis : 4 sur 5

Le pitch ?

Quand les talibans mettent sa tête à prix, le réalisateur afghan Hassan Fazili est contraint de fuir son pays avec sa femme et ses deux filles. Son crime ? Avoir ouvert un café proposant des activités culturelles. Commence alors un périple incertain et dangereux. Pendant trois ans, Fazili filme sa famille et leur vie d’attente, de peur, d’ennui.

Ce qui touche dans ce documentaire ?

Ayant le cinéma chevillé au corps et au cœur, Hassan Fazili a choisi de faire d’une fuite une œuvre, de capter au jour le jour cette longue errance des migrants avec, pour seules armes, trois téléphones portables qui filment le quotidien de sa famille qui tente de gagner l’Europe par un long périple que l’on se doute bien rempli d’embûches. Comme si l’acte de filmer était un moyen de rester vivant, comme s’il était le dernier acte pour ne pas sombrer dans la folie du monde. Le cinéaste raconte : « J’ai perdu un de mes yeux à l’adolescence, alors que je travaillais dans une usine. Ma découverte du cinéma m’a donné le sentiment de recouvrir la vue, de poser un regard nouveau sur le monde. Dans ce film, plus ma famille rencontre de difficultés, plus la douleur et la souffrance s’imposent à mes yeux, et plus le film gagne en intensité. Quelle est ma responsabilité dans ce film ? Suis-je père ou réalisateur ? »


On ne peut qu’être surpris par le ton d’un film sur une famille comme les autres qui vit une aventure qui n’a rien de banale, même si une foule de migrants partage un sort identique. Non sans humour, Hassan Fazile saisit les petits moments de la vie quotidienne avec ses scènes de vie qui montrent le désir de son clan de tenter de vivre comme les autres.

Ainsi quand il montre son épouse en train d’apprendre avec une certaine difficulté à faire du vélo ou ce combat de boule de neige comme pour symboliser que, dans la pire des situations, la vie reste la plus forte. Au détour d’un plan, il capte aussi l’échange de sa fille aînée qui confie à sa mère qu’elle ne veut pas porter un voile sur les cheveux quand elle sera plus grande. Tous ces petits détails qui sonnent juste dans l’économie de ce doc.

Enfin, il y a le récit de cette longue errance, les longues attentes dans les camps de réfugiés où règne un vrai esprit d’entraide comme les passages de frontières où la tension est palpable. Sans oublier les transits organisés par des passeurs avides.

Sans pathos, mais avec beaucoup de sensibilité, ce documentaire de Hassan Fazili  est un opus qui surprend aussi bien par sa facture que par la force de son témoignage. Et remet les pendules à l’heure à une époque où l’histoire des migrants donne lieu à bien des caricatures démagogiques.

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