Il a quitté les planches comme il a vécu : sans faire de bruit. Sans Romain Bouteille, qui vient de mourir à l’âge de 84 ans, toute une génération d’humoristes, Coluche en tête, n’aurait sans doute pas fait une telle carrière. Car ce défricheur du café-théâtre a toujours été en avance côté humour.
« Premier et dernier théâtre en anarchie réelle« , comme aimait le définir Roman Bouteille, le Café de la gare, son bébé, qui ouvrit les portes en 1969 a marqué à jamais l’humour made in France. Dans une ancienne fabrique située passage d’Odessa à un jet de pierre de la gare Montparnasse, Bouteille rassemble alors une fine équipe d’inconnus qui deviendront bientôt célèbres : Coluche en premier lieu mais aussi Miou-Miou, Patrick Dewaere. Entre autres !
Vite à l’étroit, le café théâtre déménage. Nous sommes en 1972 et il ouvre dans un local plus grand, rue du temple, dans le Marais, sans changer de nom. C’est l’époque où Coluche prend son indépendance mais ne cesse de dire à qui veut l’interviewer : « Ce que Romain Bouteille ne m’a pas appris, je lui ai piqué. » Ceux qui ont pu découvrir la bande à Bouteille en action se souviennent de la roue qui permettait de payer selon le hasard son droit d’entrée et de rire, l’inventivité de cette équipe de joyeux anars qui ne respectaient pas grand-chose et dont l’humour corrosif ferait le plus grand bien dans nos époques confinées et compassées où le politiquement correct domine.

