Patrimoine
CHINA GATE, de Samuel Fuller – 1h37
Avec Gene Barry, Angie Dickinson, Nat « King » Cole
– Sortie : 1957 –
China Gate place le spectateur aux côtés de soldats d’une cause perdue. Dans les derniers jours de la guerre d’Indochine, une jeune Eurasienne Lucky Leg se porte volontaire pour aider un groupe de mercenaires à détruire un dépôt d’armes près de la frontière chinoise qui soutient les troupes communistes.
L’année de tournage de ce film, Samuel Fuller est un cinéaste très occupé : outre China Gate, il tourne aussi Quarante tueurs dans lequel il dirige également Gene Barry et Paul Dubov. Son film fut interdit en France où, quoique pro français, le scénario critique aussi l’ambiguïté du colonialisme et les ravages des guerres coloniales.
On y retrouve le talent de Fuller aussi bien à l’aise quand il s’agit de filmer les scènes d’action que lorsqu’il filme son héroïne, une femme à la psychologie complexe, prête à risquer sa vie pour permettre à son fils métisse de vivre aux États-Unis. Si le film souffre un peu d’un tournage en studio, Fuller s’en tire pourtant avec les honneurs en filmant les escarmouches au plus près, par exemple lors de l’attaque contre les ennemis qui mitraillent la jungle depuis une jonque lourdement armée. L’humain n’est jamais absent des films de Fuller. Dès l’ouverture, avec la séquence du fils de l’Eurasienne fouillant les décombres pour trouver de quoi nourrir son chien et qui doit fuir un habitant qui veut tuer le cabot pour le manger, Fuller, bien servi par la photographie de Joseph F. Biroc, sait créer une atmosphère prenante à souhait en montrant les coulisses d’une guerre sans fin.
Au passage, Fuller fait référence au célèbre régiment The Big Red One, dont le soldat campé par Nat « King » Cole est sorti, et que le cinéaste fut lui-même un des membres. Dans un dialogue, Nat « King » Cole évoque aussi Falkenau, théâtre, en 1939-45, du dernier combat en Europe dans les Sudètes en Tchécoslovaquie où les Américains découvrirent le camp de concentration de Falkenau, le lendemain de l’armistice. Fuller en a rapporté des images montrées dans le documentaire bouleversant, de Emil Weiss, où le réalisateur fait tous les commentaires.
Avec la présence magique de Angie Dickinson, ce drame de guerre doublé d’un plaidoyer contre le racisme nous offre aussi l’apparition étonnante de Lee Van Cleef, en seigneur de guerre. Enfin, on ne pouvait laisser Nat « King » Cole ne faire « que » jouer et il chante au générique de ce film de guerre plein de souffle. Samuel Fuller avait déjà signé en 1951 J’ai vécu l’enfer de Corée et, en 1980, il a réalisé un des plus grands opus sur le débarquement : Au-delà de la gloire.


