L’humour de combat de Mel Brooks

Réalisateur, acteur, scénariste, producteur et compositeur… N’en jetez plus ! Mel Brooks a par ses films à l’humour dévastateur donner à voir une forme exemplaire d’un humour dévastateur.

Diffusion : Le Grand Frisson, sur Arte, lundi 12 avril, 22h40

Redécouvrir Le Grand Frisson, c’est replonger dans l’humour déjanté d’un Mel Brooks, ce juif de Brooklyn qui, par le rire, a pris sa revanche sur une certaine bonne société américaine. Dans ce film, sorti en 1978, et dans lequel le cinéaste s’était investi à fond, il portait un regard iconoclaste sur l’univers hitchcockien. Le sujet ? Le Docteur Richard Thorndyke est désigné pour venir diriger un asile dont le directeur a mystérieusement disparu. Très rapidement, il s’aperçoit que le personnel de l’établissement n’est pas des plus chaleureux…

Pour parodier un tel maître du suspense, il fallait un prince de la parodie. Si tous les gags ne sont pas d’égale valeur, Mel Brooks, grand aficionado du maître, réussit quelques séquences mémorables comme celle de la parodie des Oiseaux. Au départ, Mel Brooks s’est rendu chez le maestro pour lui faire part de son projet. Il raconte : « Je lui ai dit qu’alors que les autres se rendaient au sauna pour se détendre, je regardais, moi, Une femme disparaît. Il a compris que je voulais pas me moquer de lui mais lui rendre hommage. » Un autre clin d’œil direct à sir Alfred : le personnage d’Arthur Brisbane est incarné par Albert Whitlock, qui fut le responsable des effets spéciaux sur plusieurs films d’Alfred Hitchcock. Le maître ne s’y trompa pas : après la première, il a envoyé à Mel Brooks une bouteille d’un très prisé bordeaux, évoquant le « plaisir pris » à visionner cette comédie loufoque.

« Être en vie va de pair avec la comédie » a dit Mel Brooks, qui va aujourd’hui vers ses 95 ans, à l’un de ses biographes. De film en parodie, Mel Brooks s’est affirmé comme un grand représentant de l’humour juif new-yorkais. Dans It’s Good to Be the King, il écrivait : « Mes comédies viennent du sentiment qu’un Juif n’a pas sa place dans la société américaine ordinaire. On réalise vite que, même en étant plus doué et plus malin, on n’est pas accepté. »

Issu de ce génération d’émigrés qui a fui l’Europe de l’Est à la fin du XIXème siècle et au début du suivant, il symbolise cette population qui a dû jouer avec les codes en vigueur pour s’intégrer. Chez lui, l’humour fut donc l’arme de choix. Dans Les Producteurs, il relie l’Inquisition à Hitler, transformé en clown de comédie musicale. Il a dit : « Si l’on peut faire rire de Hitler, on a gagné. »

Dans le Shérif est prison, il s’attaque au genre fondateur du mythe américain dans un récit où le héros est un noir. Cette comédie ne respectant aucun code fait un tabac et est la comédie la plus vue après M*A*S*H, de Robert Altman. Il s’est frotté à tous les clichés du genre dans cette comédie surréaliste où tous les coups lui sont permis de la séquence pétomane d’anthologie autour du feu de camp à des blagues obscènes lui permettant de dénoncer la bien-pensance du mythe américain. Trois ans après cet opus qui a marqué les esprits, Mel Brooks signait ce Grand Frisson qui fait frémir de plaisir.

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